C.F.D. 2013-2014 : Le vol de Luc ARMANT du 03/05/2014


trace GPS2014-05-03-igcfile-97377-47806.igc
decollagesam, 03/05/2014 - 08:02 UTC
atterrissagesam, 03/05/2014 - 17:51 UTC
Plafond max1736 m
Vz max+4.3 m/s
Nombre de points de la trace6915
intervalle moyen d'enregistrement1 point/5.1s
Trous dans la traceOui, le plus long de 269s
cryptage FAIOK. signature = xcg

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Astuces d'utilisation de la carte : ( visugps, une réalisation VictorB)

Recit pour mon vol de 369.83kms du 03/05/2014

Unpublished
Météo du vol: 
Ciel de traine. Vent de Nord-Nord-Est 20-30km/h.

Mercredi 30 mars,
La fatigue du long vol de samedi dernier (FAI 240k) est effacée et j’aimerais bien m’en remettre une bonne tartine. Les prévisions pour les Alpes du sud donnent des conditions intéressantes quoi qu’encore marginales pour demain. J’appelle les copains du groupe France qui sont sur le pied de guerre cette semaine pour un stage cross records à l’initiative de la fédération et organisé par Stephane Drouin.

Jeudi 1 mai, Gourdon.
Ils ont fait le déplacement et nous nous retrouvons tous sur le décollage de Gourdon pour de beaux parcours, dont le plus grand fait 245km en triangle à plat. Pour moi, c’est un plaisir immense de revoler en cross avec mes camarades de compétition. Fred et moi les hébergeons le soir à Bar Sur Loup et Stephane nous propose de partir à Jeufosse, près de Paris, le lendemain ! Ce site et la plaine française sont un vieux rêve, mais c’est tellement loin de chez moi que l’occasion ne se représentera peut être jamais. Ce sont mes derniers jours de liberté sans ma femme et ma fille, je me laisse tenter par l’aventure.

Samedi 3 mai, JEUFOSSE !
La vieille, nous avons roulé toute la journée pour dormir près du site. Confortablement installé à l’arrière du camion pendant que nos valeureux chauffeurs faisaient le travail, j’en avais profité pour étudier en détail le terrain de jeu et surtout les cartes aéronautiques. A coté de moi, Stephane Drouin, véritable tour de contrôle, étudiait la route, le site, réservait l’hôtel, et surtout récoltait les avis météo des spécialistes locaux, Franck Arnaud, Martin Morlet, Michel Levisse et d’autres. Nous avons aussi étudié les traces des vols déjà réalisés en condition analogues. Nous voyons qu’entre Nantes et La Rochelle, il y a une porte d’accès à la mer, et nous en faisons notre objectif qui nous offre un potentiel de 380km, tout en se rappelant bien que même 100km serait déjà sympa, pour une telle découverte.
L’ambiance au décollage est électrique. Je suis tellement excité depuis mon réveil que j’ai perdu tous mes papiers et ça ne m’inquiète pas plus que ça, j’ai ce qu’il faut pour voler correctement et c’est tout ce dont j’ai besoin. Les rafales de vent se font de plus en plus sérieuses, je n’en peux plus, je zappe le briefing pour me mettre en l’air, il n’y a plus que là que je pourrais m’apaiser.
Ce site est une pure merveille, un bijou que je savoure de tout saoul pendant que tout le monde se met progressivement en l’air. Au final, il y a des dizaines de pilotes qui tournent ensemble, c’est une ambiance incroyable. La plaine m’attire derrière, mais je reste tranquille pour attendre qu’un bon groupe se forme.
A la radio : "on y va ? - c’est un peu tôt mais ça à l’air de faire - C’est partit !" (ouf, je crois que je n’aurais pas été capable de me retenir davantage).
Je suis dans le groupe de tête avec 2 ou 3 autres pilotes. Ça m’inquiète, j’ai les putains de chocottes de tomber dans cette plaine où l’on voit les rafales de vent secouer champs et lac. Pour moi, cela relève beaucoup trop du miracle, cette plaine si froide et si ventée, ces thermiques et ces nuages, je ne veux surtout pas descendre. J’observe faire les spécialistes, je temporise tant que je peux et espère que le second groupe nous rejoigne. Une heure plus tard, nous sommes presque une dizaine, je commence à me détendre, mais je fais toujours la raclure, ne prends aucune initiative, reste derrière ou au milieu, toujours en observation, la trouille au ventre, en concentration extrême. Les nuages ne semblent pas vouloir s’organiser en vraies rues, ça fait plutôt des hexagones, peut être que le vent n’est pas assez fort. Ceux qui coupent au plus droit dans le bleu ne font pas toujours une bonne opération, je prends le parti de faire quelques détours pour toujours viser au vent d’un nuage. Nous traversons des zones avec peu de nuages et thermiques faibles, je tourne tout ce que je trouve et continue de faire le salopard pendant que les valeureux Charles et Honorin font le boulot. Honorin est un oiseau, c’est beau de le voir, on dirait qu’il est chez lui dans le ciel. Charles est une machine, il semble tout comprendre sans faire d’erreur. Pas de doute, je suis à la bonne place avec eux.
Un peu plus tard, voyant un planeur et un sommet de nuage évident, je me permets une initiative qui fonctionne et je me retrouve seul au plafonds. Da trouille à nouveau, j’attends. Il ne reste plus maintenant que Charles, Jaques, Jojo et Hono. Hono coupe droit dans le bleu sans finir le nuage, je temporise encore et me laisse plutôt tenter par Charles qui crabe vers un ciel plus reluisant. Nous perdons Hono. Plus tard, c’est au tour de Charles de faire un plongeon dans un trou bleu. J’avais encore une fois temporisé et je profite finalement du flair de Jojo pour remonter dans un +3 ou 4 totalement inespéré. Mais nous avons perdu Jacques qui est passé à coté.
Il ne reste plus que Jojo et moi devant, les deux Alpins trouillards qui se font des politesses pour savoir qui quitte le nuage en premier ! et y’a la Loire à traverser avec un gros trou bleu. Nous passons en enroulage de tout ce qui bouge jusqu’à ce que la Loire soit traversée, et de l’autre coté, ça remonte bien. Je perds ensuite Jojo, encore plus frileux que moi, et me retrouve tout seul devant avec les batteries de mon C-Pilot qui baissent dangereusement. Sans lui et ses cartes de zones aériennes, je suis perdu, je l’éteins pour l’économiser pour la fin où beaucoup de zones m’attendent. Ça rebondit maintenant bien de portion de rue à portion de rue, le vent a repris un peu de vigueur et les ascendances semblent mieux alignées. Hono fait signe en radio, tandis que vois Jojo remonter pas loin derrière. Je choisis de rester tranquille malgré les conditions généreuses, il est déjà 18h et ça ne sera pas un mal d’être rattrapé pour finir le plus dur à plusieurs. Hono en radio « Luc, tu tires trop à droite, tu vas être bloqué par la TMA de Nantes - Non, le plancher de la TMA de Nantes est à FL055, on peut y aller – non elle est limité à 200m sol !» Comme il me met le doute, je ne tire pas trop à droite bien que les rues y soient plus jolies. Je ne tire pas trop à gauche non plus car sinon, c’est la TMA de la Rochelle qui va me poser rapidement problème. Bref, je suis un peu tendu. Les rues s’essoufflent brutalement, mais j’accueille avec joie Jojo qui me rejoint dans un petit thermique. Moi, en radio : « y’a la zone de la Rochelle à 10km devant nous, faudra qu’on passe dessous, à 609m sol – j’ai rien sur mon GPS, répond Jojo – t’inquiète, de toutes façon j’ai l’impression qu’on va plus rien reprendre y’a juste à planer vent de cul et on passera dessous. »
En effet, nous ne prenons plus rien, mais je continue de faire le salopard en enroulant du zéro et laisser Jojo devant. Un grand champ de labour avec un tracteur au milieu attire mon attention et me rappelle quelques lectures. Quelques barbules au dessus et Jojo qui rebondit un peu. Je fais un ou deux tour dans du zéro, regarde Jojo replonger définitivement derrière, et tente un ultime petit recentrage au vent. Et là miracle, ça repart dans un bon 1m/s. à 1300m, ça continue de monter mais ça dérive dangereusement sur la TMA de la Rochelle. Je m’énerve sur ma carte avec les zooms et je quitte l’ascendance un peu en panique pour craber le long de la zone. Je m’aperçois plus tard qu’il me restait encore plus d'1km de dérive avant la zone. Le soleil est très bas et je traverse une dernière zone ascendante que je suis encore obligé de quitter à regret. Je veux garder un peu de marge sur la TMA. Je vois maintenant nettement la côte. Je passe sous les 600m et plonge vent de cul sous la TMA. Droit devant, il y a la plage mais je ne suis pas encore en finesse, il faudrait que je trouve un dernier zéro à enrouler pour gagner quelque km mais tout est maintenant à l’ombre et je pose à regret.
C’était pourtant la moindre des politesses de laisser le plaisir de poser le premier à la plage à quelqu’un d’autre. J’en ai déjà eu bien assez, en fait, je suis comme un enfant gâté qui a profité d’un joyau incroyable, fruit du travail de toute la belle communauté des plaineux parisiens. Merci à tous de l’avoir partager, merci à mes camarades de vols, merci à Stephane pour l’organisation, merci à Seiko pour le vario. C’était grandiose ! J’en garde le souvenir d’un des plus beaux vols de ma vie.

Commentaires

Bravo pour vos vols merci de me faire languir, FELICITATIONS
Rémi
 

Super et superbe ! Bravo Luc et aussi à toute l'équipe !
Thomas

 Voila ce que m'inspire ton record et ton cr.
membre du cd et du bd, représentant du kite, je ne suis donc pas ce qu'on peut appeler un parapentiste chevronné!
Pour la petite histoire, on a d'abord reçun une info très factuelle du DTN, puis quelques jours après quelques eclaircissements de Fred escriba...
****
380km en parapente, et alors?
 
D'abord l'info tombe comme ça. Pour le non initié au parapente que je suis 
((enfin, si, je suis initié au parapente grâce à Véronique Gensac) mais initié
ne veut pas dire que je connais toutes les subtilités), ces 380kms parcourus ne 
veulent pas dire grand chose.
 
C'est un chiffre brut, et sans recul on peut se demander:
Mais quel était l'ancien record? 379km? 300km? 5km?
on peut aussi se demander, le record de France c'est bien, mais le record du monde c'est quoi?
Et le record Monégasque, c'est quoi (Le prince Albert, il a bien du en faire du parapente)?
 
j'avoue que je me suis posé ces questions puis je me suis bien abstenu de les poser ne voulant
pas passer pour le glandu (de base), le trouble fête, le mauvais coucheur...le kiteur en somme.
 
Et puis Fred Escriba a eu une bonne idée, celle de nous mettre en copie de quelques informations complémentaires,
Tout d'abord, le film du décollage à Jeufosse, c'est une bonne idée ça d'aller enfin voir en vidéo ce fameux site de Jeufosse, depuis le temps
que j'entends la ligue PIDF me bassiner les oreilles avec ce site, enfin une vidéo qui nous montre de quoi il en retourne.
 
Et là, première surprise, c'est beau Jeufosse. Aussi beau que le nom est moche. C'est pour dire.
 
Deuxième surprise, c'est beau de voir ces parapentistes décoller. C'est autre chose que ces vidéos sur youtube où l'on vous
voit (vous les parapentistes) rater votre décollage pour terminer dans les câbles du télésiège.
 
Je me souviens très bien de mon briefing pré-décollage à Valeyzan. Véronique disant à Jérôme
"Jérôme, tu cours dans la pente, tu cours toujours, tu ne t'arrêtes jamais et même quand
tu ne touches plus terre, tu continues à courir".
J'ai appliqué les instructions, j'ai couru, couru, couru, couru dans le vide aussi, je cours toujours depuis,
Véro ne m'ayant pas demandé de m'arrêter.
un très beau décollage il paraît. Quelques photos circulent encore sous le manteau.
 
Là non, pas besoin de courir pour s'envoler, le décollage à Jeufosse, c'est léger,
c'est twisté, c'est simple, c'est facile. Et puis on voit les commentaires sur celui qui
emmêle un truc dans le machin et qui finalement résout son problème alors qu'il est
déjà à 50 mètres (ou plus même) au-dessus des arbres, je me dis donc que le décollage 
à Jeufosse, c'est facile, pour les bons. Et Même pour les bons, c'est toujours un moment un peu
particulier et un peu tendu.

Puis Fred a encore eu une bonne idée, celle de nous mettre le lien sur la page CFD, et là re-surprise
Décollage à 10.02, atterrissage à 19.51. Pour un Paris-Nantes, on a connu plus rapide, plus efficace et probablement plus
confortable. 
Quasiment 8h00 là-haut, sans pose pipi, sans péage, sans avoir besoin de valider son ticket. tu as du trouver le temps long tout seul
là-haut Luc, non?

Et bien non, parce que les surprises ne s'arrêtent pas là, Luc nous donne son compte-rendu de vol, le "salopard".
Et là, j'apprends que le parapente est un sport d'équipe. Première nouvelle. J'apprends que Luc à besoin de ses copains pour
avancer, pour "enrouler", pour prendre les bonnes options et les bonnes décisions; j'apprends, comme il le dit lui-même, qu'il
"fait la raclure et ne prends aucune initiative", Luc serait-il notre Bernard Hinault du peloton? Celui qui laisse faire les autres le job?
j'apprends donc qu'ils communiquent entre eux, via la radio mais aussi simplement en s'observant mutuellement;
 
Puis ma soif de comprendre n'étant toujours pas désaltérée, je m'amuse à tenter de corréler le récit de vol de Luc avec la courbe d'altitude.
Toutes ces montées et descentes que l'on voit sur le graphe d'altitude, ne serait-ce pas plus simple d'aller à la foire du trône pour avoir les mêmes sensations? J'apprends donc (en vrai je le savais déjà!) qu'il faut piloter sa machine pour en tirer le meilleur. J'apprends qu'il faut en permanence analyser
l'ensemble des signaux que la nature veut bien t'envoyer pour tenter d'aller encore un peu plus loin. Ca je le savais aussi, en kite c'est un peu pareil.

Finalement, Luc, c'est tout sauf un salopard, la conclusion de son récit de vol ne mérite aucun commentaire additionnel:
 
L'histoire ne dit pas si une fois posé il a troqué son parapente pour une aile de kite, il me semble que le 3 mai ça naviguait pas mal sur Saint-Brévin.
Tout ça pour finalement remercier Luc, l'équipe et finalement tous ceux qui oeuvrent autour de ce sport. Parce que grâce à ce record et les infos que Fred a bien voulu nous mettre sous le nez, j'ai appris plein de trucs. Ca m'a aussi rappelé que derrière ce record, comme souvent, il y a une belle histoire d'hommes et de passion.  Ca valait le coup de s'y intéresser, ça valait le coup, tout kiteur que je suis, et ça me donne envie d'aller partager ce récit avec les kiteurs. Je m'en occupe. De votre côté, si vous pouviez répondre à la question du record monégasque de longue distance en parapente, je vous en serais gré.
 

A plus et bravo.
 
Jerome

 
 

 
 
 

Merci Jérôme pour ces mots sympas !
Ah bon, il y a donc des kiteurs que tout cela intéresse ! super ! et voilà que moi aussi je fais une découverte.
Me voici donc en train de fouiller la partie KIte du site de la fédé..., chercher des réits de kite-bivouac...
Il est  dit que Luc, si je ne me trompe, vient de la voile...
Bon vent.
Olivier

Ben ça ça fait rêver...Trop fort, donner nous encore des truc comme ça ...
Bravo, merci ...

 Alors, elle tient un peu quand même cette batterie de C-Pilot !? 

bien joué salopard ; )

 Félicitations Luc, un vol magnifique à la hauteur de son pilote  et de la journée!!
J'espère que la prochaine fois on aura l'occasion de partager les 400.
A bientôt donc ;-)

Chapeau l'Artiste !!!
Marion.

Bravo Luc!
Pour ce vol, mais aussi pour ce beau récit. 

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