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Le vol de Luc ARMANT du 11/06/2014

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trace GPS2014-06-11-igcfile-97377-50831.igc
decollagemer, 11/06/2014 - 07:28 UTC
atterrissagemer, 11/06/2014 - 17:22 UTC
Plafond max3214 m
Vz max+9.3 m/s
Nombre de points de la trace11876
intervalle moyen d'enregistrement1 point/3s
Trous dans la tracenon
cryptage FAIOK. signature = fly

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Astuces d'utilisation de la carte : ( visugps, une réalisation VictorB)

un vautour

Météo du vol: 

canicule en juin

récit du vol: 

La canicule s'était installée en plein mois de Juin. Je n'avais jamais vu ça et je surveillais attentivement les prévisions et observations. Chez nous, dans les Alpes du sud, ça s'est d'abord traduit par une grosse stabilité de basse couche avec des brises quasi inexistante. Puis, le vent faible à tourné au Nord-Est en atlitude, la température est encore monté et les prévisions ont montré une poussée de convection.

Ç'en est trop pour rester travailler, je prends ma journée ! Les différents modèles prévoient plus ou moins de dégradation orageuse ou pluvieuse dans l'après midi, mais j'en ai vu d'autre et j'ai mis du liquide vaiselle sur mon bord d'attaque. Si jamais le ciel tiens partiellement le coup, c'est une journée à triangle de 300 km. Il vibre fort en moi, comme à mes débuts, l'appel du jeu dans les airs à faire une trace dans le ciel d'une journée.

Décollage depuis le Cheiron à 9h30. La montagne n'a pas pris les pluies de la veille, elle est déjà brûlante et dégage une énergie considérable dans un air rafraichi par la rotation des vents au Nord-Est. Plus loin, l'actitivé est nettement plus calme, on sent les endroits où la pluie à refroidit les sols.

Je croise des vautours et, alors que nous travaillons ensemble les ascendances au dessus du Teillon, je songe. Depuis plusieurs semaines, les conditions de vols sont vraiment bonnes pour eux et ils sillonnent les Alpes sans relâche. Je me réjouis pour leur communauté, ils ont du facilement trouver des carcasses. Je n'ai pas leur préoccupation ; la mienne, c'est de rejoindre dans la journée trois points d'un triangle le plus grand possible dont un des cotés ne doit pas être inférieur à 28% du total du périmètre. De créer, à chaque instant, face à ce problème simple, une trajectoire unique dans l'océan infini des possibles qu'offre cette journée unique. Les phénoèmes pourront se ressembler un jour mais rien ne pourra se répéter. Je suis seul avec ma journée, le jeu ne fait que commencer. Chaque instant est critique pour la suite des instants. Tout se suit comme un fil qui se déroule à sens unique, chaque décision va influer la suivante de façon irréversible, temporellement et spatialement. Le plaisir de ce jeu est intense. Il y aura du soleil, des nuages, des choses imaginés, des tentatives de compréhension des phénomènes. Il n'y aura pas de frayeur, pas de grosse turbulence, pas de vent ni de brise forte. Je suis dans mon fauteuil et je m'applique à dessiner une trace la plus juste possible.

Si un calcul était possible, il y aurait une solution parfaite à cette journée. Une seule. Avec ma voile, ma sellette et mon corps. Je sais que j'en suis loin, car je suis incapable de calcul et aveugle. Ce qui me plait, pourtant, c'est de trouver une solution, la moins imparfaite possible, avec mes petits moyens. Il y aura aussi quelques autres pilotes comme moi, mais beaucoup trop peu et la plupart sur des problèmes différents. Peut être en croiserais-je certain. D'autres seront en planeur. Et il y aura ces vautours, un peu partout, dont j'aimerais bien connaître le jeu.

Je suis le plus souvent en train de cravacher contre la montre, mais ce matin c'est le contraire. Le début de vol a été trop rapide et trop tôt. Je ralenti tant que je peux, fait mes transition bras haut, m'aplique sur les plafonds et fait peu d'effort de prospection. Juste rester haut. Arrivé au Mourre du Charnier à 11h, il est encore trop tôt, je vois le plateau de Valençole tout bleu, avec juste une ligne de petit cums sur sa bordure sud. Les planeurs se font tracter jusque sur la montagne, plutôt mauvais signe, mais un parapente est capable d'essorer des bulles qu'ils ne peuvent pas jouer. Mon plafonds peaufiné, je lance fierement mon planeur dans la plaine. Un tout petit cumulus apparaît sur ma route. Je le surplombe et constate avec effroi qu'il est complètement écrasé par un gradient très stable. Je continue à sombrer inexorablement. Je commence à sentir la fournaise de la plaine, j'en aperçois les détails et envisage avec déplaisir un posé dans les lavandes. Ayez pitié, dis-je tout haut. J'aperçois un vautour, passant 100m sous moi et se dirigeant vers ma gauche. Je songe à le suivre. Que peut-il bien faire dans ce merdier. Il doit bien avoir une idée en tête. De la viande ? Une reconnaissance ? Un groupe à suivre ? As-t-il peur de poser ? As-t-il vu quelque chose ? Je n'ai pas sa vue perçante, j'essaie pourtant, je ne vois rien. J'essaie encore, puis soudain sur la couche d'inversion, quelques km plus à gauche, je vois un petit dôme caractéritique d'une ascendance qui commence à pousser. Un coup d'oeil alentour me confirme qu'il n'y a rien de mieux à éspérer. Ce n'est pas vraiment sur mon chemin, c'est face à la brise, et je n'ai plus beaucoup d'altitude. Que ferait Charles ? Il ferait la même chose que ce vautour. ¼ de tour gauche et fonce !

Je rejoins un début d'ascendance alors que je commençais à ne plus y croire, les deux pieds tendus dans une inquiétante descendance. Installé dans ma bulle, je regarde le champs de lavande rétraicir doucement. Elle est ma maison, je m'éfforce de me détendre et de m'armer face à une très probable difficulté future. Le vautour est sous moi. Est-ce le même ? Je perds le fil, en retrouve un autre. Je me force à balayer le secteur avant de partir tout en surveillant les secteurs alentours. Des barbulles se forment au dessus de moi mais je n'arrive pas à les toucher, une forte stabilité semble disloquer les bulles à partir de 1500m.

Deuy heures plus tards, après deux autres points bas à 100m sol, je suis définitivement tiré d'affaire. Je prends le temps d'observer les dégats sur le ciel alentour. Au sud, la zone chaude à généré un Cb isolé qui éjacule une coiffe épaisse et déverse une zone obsure énorme dans tout le secteur de Saint-André jusqu'aux plaines à l'ouest et au nord. Les Monges sont maintenant dévastés mais je suis monté à temps pour m'en échapper en bordure d'une averse. La route du retour semble détruite. Seule un secteur plus proche du Mercantour semble encore peu touché. C'est mon seul espoir. Il serait encore assez tôt mais je renonce à mes projets de points vers le nord de Serre-Ponçon et me contente d'un rapide passage sur le Morgon. Un congestus à croissance rapide me dissuade même d'aller au bout, je reviens sur Dormillouse avant qu'une grosse averse ne me ferme la porte de la Blanche.

La Blanche jusqu'à l'Estrop, puis les crêtes jusqu'au col de Vachière ne sont qu'une partie de soaring laminaire à l'ombre. Au loin dans le sud-est, l'horizon est rempli d'espoir et de beaux choux fleurs jaunes. Je retouche le soleil sur la montagne de Chamatte. Ça tient à peine. Elle aurait besoin d'une bonne demi-heure de chauffe suplémentaire pour créer des thermiques. Il reste encore beaucoup de temps pour boucler. Le vieux Cb du sud et sa coiffe sont en train de s'évaporer. La coiffe d'un jeune commence à envahir le Mercantour, une autre tour est plus au sud, mais le retour par le Pic de Chamatte est toujours libre. De nouveau je m'éfforce d'être lent afin de laisser au soleil le temps de faire son œuvre devant moi.

Il me reste plein d'énergie. Il y en a aussi beaucoup dans les brises du Verdon que les Cb alentours entretiennent. J'en dépense une bonne partie dans le forçage du Puy de Rent puis de la Crête de Serres puissament éclairés mais encore un peu mouillé. A la Mure, le planeur vaché témoigne du coup de Trafalgar qui vient d'avoir lieu. Une si belle machine piloté par un si volumineux cerveau et pourtant par terre, game over. À coté, un vieux vautour à la masse cérébrale si petite décide de tracer vers le Crémon alors qu'il n'a pris que 200m au dessus des Serres. N'ayant ni sa compréhension, ni son analyse ou ni sa vue perçante, je ne me peux prendre le risque de le suivre. C'est pourtant ma route mais je ne peux pas être sûr que le verrou ne sera pas trop dur à casser. Je dois prendre le temps de monter davantage, ce que je fais finalement au Pic de Chamatte avant que le soleil n'y disparaisse dans la nouvelle coiffe de celui du Mercantour qui progresse. Quand j'arrive au Crémon, le vautour n'est déjà plus là. Je continue mon bouclage par le Teillon, en bordure de l'ombre. Je prends mon temps tout en pensant à lui.

Donnez lui des bras, des jambes et la technique et mettez un vieux vautour à piloter un parapente. Expliquez lui le jeu. C'est sans doute le même, de toutes façons, les balises remplacent la viande et le bercail. Il nous enfumerait tous, même une grappe des 50 meilleurs parapentistes et
ce nous serait une belle leçon.