Les récits de vol : story=445

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Titre du volOrage au déesse poire
nomJulien SENZIER
Zone de volAlpes de Haute Provence
Type de volDistance avec 2 points de contournement
Date du vol05/09/2004
distance96.00
Dep04
texteAprès cette mise en bouche, à deux balles, pour la belle
Hélène, voici quelques mots sur un vol aux multiples
rebondissements durant lequel le ciel va nous montrer une
part du coté obscur de la force.

Round d’observation, nous sommes au déco sud est de St
André les Alpes ; aux Lachens (compèt annulée) ça dépote
en sud est mais la tendance générale est bien nord ouest.
Après une journée en local la veille nous sommes mur pour
envoyer du kilomètre. Philippe Lami démontre sa maîtrise
en biplace et les premières ailes font quelques tours dans
les premières bulles avant de se diriger vers le lac. Ca
pousse un peu et voilà que ça passe au-dessus du déco, il
est temps de se préparer.

Guy ne se fait pas prier et part bille en tête ; avec
Patrice on force un coup pour sortir de la joyeuse grappe
au-dessus du déco. Ca sent bon tout ça, je goûte à mes
premières barbules aux Antennes, quel délice. Pas de
problème, les cums balisent la route comme autant de
thermiques généreux, tournez manège et feu vers le nord à
la recherche du lac de Serre-Ponçon. Le feeling est au
rendez-vous, dés Lambruisse le ciel tout entier nous est
offert, seul avec Patrice nous suivons Guy toujours aussi
performant, avant de retrouver les planeurs sur la
Blanche. Les plafs nous offrent la sérénité qui donne tant
de plaisir à survoler ces endroits cachés du monde, la
Bléone qui ici n’est qu’un ruisseau est notre terrain de
jeu. Comme l’arroseur arrosé, un coup de poignet nous fait
ricocher sur chaque relief pour nous déposer sur la
Blanche malgré une visite très détaillée du Trauma pour
moi ce qui a pour effet de nous dispatcher, le temps pour
chacun d’écrire son propre vol. Des chèvres se prélassent
au sommet de Roche Close, qu’il me plait de ne pas les
déranger par mon silence. Dès Seyne les Alpes j’attrape
une rue de cum à la limite de la forêt et de la vallée
champêtre, voilà un goût étrange que de suivre la crête de
la Blanche à bonne distance me privant d’assurantes
certitudes comme un pari de découvrir une autre saveur à
ces lieux qui m’ont vu enrouler mes premiers thermiques.
Je m’applique à chaque tour et rejoins Patrice, au-dessus
de St Jean Montclar qui attaque le retour vers St André,
de même pour Guy qui est allé visiter les basses couches
vers le barrage du lac.
A peine quelques heures après notre décollage nous nous
retrouvons pour quelques échanges radio, promeneurs
privilégiés du ciel, qu’il est bon d’être là, friendly
flying power…
Eh mino t’endors pas, tu vas finir par tomber dans le lac,
j’attaque le retour avec Patrice et Guy en ligne de mire,
feu! Taquet vent de cul le retour ne va pas traîner, 50
km/h, la crête est une vraie autoroute avec des planeurs
de partout. Un coup d’œil au ciel pour voir que les cums
sont à la fête, ça bourgeonne mais il fait clair derrière,
ça devrait passer entre les gros choux fleur vers Allos et
celui de la montagne de l’Ubac plus à l’ouest. Je passe de
plus en plus de temps à regarder ces chiens de gardes,
prêts à tomber la muselière, quand le doute s’épaissie à
travers une conversation avec mes acolytes qui sont aux
portes de Jurassic Park, gardons les deux yeux ouverts
mais ça va passer…

De sombre monarche débarque et étale son pouvoir, la
puissance de l’ombre s’installe, non ne résiste pas, ne
lutte pas…

En 5 minutes, tout se soude et un mur noir se dresse
devant moi, le ton à la radio change, la tension monte
d’un cran, les chiens sont lâchés ; « eh les copains
j’suis dans la merde » sors de la radio, je n’ai jamais
entendu Patrice dire ça. Le silence de Guy en dit tout
autant et de les savoir sous ce monstre congestus, mon
imagination commence à mouliner. Le ciel dicte sa loi, je
m’enfuis vers le nord laissant mes potes à leur sort, mais
que faire d’autre ? Toutes les deux minutes j’essaye de
les joindre en radio sans résultats sachant pertinemment
qu’aucune antenne ne permettra de sortir une onde du fin
fond de la Bléone.
C’est sûr Guy a fermé à 15m du sol et pends accroché à un
mélèze, Patrice une fois tiré le secours s’est fracassé
dans un éboulis la jambe en vrac ; dans ce coin personne
ne les a vus, ils vont passer la nuit là, mais bordel
comment on va faire !
Putain Ju, te racontes pas de conneries, laisses leur le
temps de s’en sortir et va te poser au bord de la
nationale le plus au nord possible.
Me voilà de nouveau au-dessus de St Jean Montclar,
beaucoup moins serein qu’il y a 1h. Je laisse des messages
sur leurs portables pour avoir des nouvelles au plus vite
alors que le nord passe à l’ombre d’un Cunimb sur les
Alpes du Nord, incroyable alors qu’il y a une heure, il
n’y avait que des gros cumulus. Je fonce vers le seul ciel
bleu possible désormais, plein ouest gamin, en plus ça te
rapproche de la bonne route.
La tension est un peu retombée, une étrange sensation me
révèle la situation, un cunimb à droite, un derrière et un
autre à ma gauche alors que je flotte dans le soleil vers
un horizon complètement dégagé. Arrêt sur image, le lac de
Serre Ponçon, la taille des nuages qui me réduise à une
poussière, seul un planeur me sort de cette contemplation
inexplicable.
Je pose dans la brise du lac pour enfin entendre la voix
de Guy et celle de Patrice posé sur leurs deux pieds.
Me voilà au bout de ce vol bien plus long que le temps
passé en l’air.

Julien
meteoPlutôt Cunimb qu'autre chose