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Les récits de vol : story=451

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Titre du vol217 km, de l'Aube aux Vosges.
nomFranck ARNAUD
Zone de volDes plaines de l'Aube au massif des Vosges
Type de volDistance libre
Date du vol12/09/2004
distance217.20
Dep10
texteDimanche 12 Septembre. Je passe le week-end en Bourgogne. Il est 3h00 du
matin et je contemple le ciel. La nuit est lumineuse. C’est sans doute la plus
belle nuit qu’il m’ait été donné de voir cet été. Un vrai planétarium. L’absence
de Lune aide à distinguer les étoiles. Mais c’est surtout la masse d’air qui est
limpide, pure, cristalline.
Le vent souffle de l’Ouest, il est « modéré à assez fort» comme dirait Jacques
Kessler. Et l’air est froid. Froid et sec : après les averses de l’après-midi, qui
ont failli gâcher l’incroyable soirée où je me trouve, la traîne vient de se
mettre en place. Elle semble d’une qualité exceptionnelle et présente tous les
signes annonciateurs d’une grande journée de vol. Une bouffée d’excitation
me saisit. L’adrénaline. Le plaisir du vol commence bien avant le décollage, il
naît dès la promesse d’une belle journée. Il faut que je dorme. Je décide donc
de monter me coucher sans plus tarder dans le petit château attenant à
l’abbaye cistercienne de Vauluisant (XIIième siècle, près de Sens - Yonne) où
a lieu cette soirée des mille et une nuit, organisée par mon pote Lorenzo. De
toute façon la danseuse aux serpents et autres attributs hypnotisants a fini
son numéro et, à cette heure-là, les strip-teaseuses ne viendront plus…
Je loge dans une petite chambre au dernier étage du château. J’entends le
vent mugir dans la tour principale. J’ouvre le velux qui donne sur l’Ouest, un
air froid s’engouffre dans la chambre. Dehors, la cime des arbres se couche et
se redresse à intervalles rapprochés. Il y a une grande intensité dans ce vent.
Il reste quand même de fortes chances que ce ne soit pas volable en journée.
Je mets mon réveil à 10h00, le site où j’envisage éventuellement d’aller voler,
n’est qu’à 1/2 heure du château.
Ce n’est pas mon réveil qui m’a sorti du lit : à 9h00, je suis tiré du sommeil
par le froid et le jour. Et surtout par l’envie de savoir si cette promesse d’une
journée exceptionnelle est tenue. Je me lève. Je regarde dehors. C’est le plus
beau matin de l’année : le ciel est du bleu des montagnes. Un bleu polaire,
immaculé. Il s’est débarrassé de toute trace d’humidité. La visibilité est
exceptionnelle. Et l’air est toujours aussi froid, le vent souffle modérément,
mais il a faibli par rapport à la nuit. Et, au loin, une petite nuelle semble
naître… mon état vaseux s’évanouit en une fraction de seconde. S’organiser
et vite : je rassemble mes affaires, je me douche, je range ma chambre. Je
descends sans bruit par le grand escalier. Il fait froid. Tout le château est
endormi. Au rez-de-chaussée, j’entre dans l’immense salle voûtée où a eu
lieu la fête. Elle est vide, tout le décor byzantin a été enlevé. Ca fait bizarre,
comme si rien n’avait eu lieu. Je traverse la cour de l’abbaye encore à l’ombre
et je débouche sur le parc, au soleil : la faible chaleur de ses rayons est un
pur bonheur dans cet air vif. L’herbe est encore mouillée de la rosée du
matin. Je saute dans ma voiture. Direction Eaux-Puiseaux.

Sur place le vent n’est finalement pas trop fort, il a encore baissé par rapport
au matin. Le ciel est déjà strié de rues, assez basses et pas encore plates à la
base. Je décolle tout de suite et je commence à tracer des huit devant le site.
Ce site est très étonnant, c’est plutôt une pente école, une pente douce, avec
un faible dénivelé mais un fort rendement. On y vole très près du sol et les
cycles y sont souvent puissants.
Je suis rejoint sur le site par, entre autres, Daniel Vincent-Genod, Julien
Dauphin et Martin Morlet. Depuis quelques années, on se dispute les records
de site avec ces trois-là. Il se trouve que depuis le 14 Juillet celui d’Eaux-
Puiseaux m’appartient avec un beau vol de 157 km qui m’a amené près de
Nancy. Alors je surveille les allées et venues des trois compères qui pendant
une heure posent et re-décollent au rythme des cycles thermiques. Je
m’aperçois que les piles de mon Garmin sont quasi vides. J’atterris pour les
changer. C’est alors que Julien décolle. Je vois bien qu’il s’avise de rejoindre
une belle rue qui grossit depuis un moment. Tant pis, les piles attendront : je
décolle et m’engage dans le sillage de Julien. Au-dessus de moi je le vois
monter en ligne droite. A mon tour, à 20 m/sol je suis soulevé par le
thermique. Assez sèchement d’ailleurs. Je plonge mon bout d’aile dans le
bord de la colonne et une montée assez chaotique commence. Le thermique
nous fait dériver au-dessus de la forêt. Je rentre et je sors de ce thermique
couché, je suis vraiment en périphérie. Finalement je finis par planter le stab
dans le noyau et la montée devient puissante et régulière, quel plaisir. A 800
m QNH je me relâche enfin : l’extraction est acquise et la rue qui nous tend
les bras est immense…
Le reste du vol est une formidable randonnée aérienne dominicale en
compagnie de Julien.
En moins d’une heure de cross nous avons effectué près de 40 km. Julien
prédit « c’est une journée à 200 », je lui réponds « On prend l’axe Chaumont
- Epinal ». Très vite nous quittons le pays d’Othe et sur notre gauche le lac de
la forêt d’Orient disparaît.
Au km 90, après avoir passé la côte des Bars et survolé l’abbaye de Clairvaux
(maison mère des couvents cisterciens au XIIème siècle… et prison centrale
aujourd’hui), nous arrivons effectivement au-dessus de Chaumont. Juste
après nous passons la Marne (le passage d’un grand fleuve est toujours un
grand moment dans un grand vol). Nous sommes euphoriques. Le fait de
partager le vol double notre plaisir. On vole aile dans aile. Le rythme est
soutenu. On échange nos points de vue sur telle ou telle option. Certaines
transitions sont délicates et chaque rencontre de thermique nous rempli de
joie. Une fois on se trompe en choisissant une rue « cul de sac », et nous
devons faire marche arrière en revenant sur celle quittée un peu auparavant.
Mais à deux on est beaucoup plus fort. Un peu plus lents, mais plus forts. Au
km 150, à hauteur de Vittel, nos traces se séparent : à la faveur d’une
transition, je change mes piles, et je soulage une envie frisant
l’insupportable. Je transite mal, j’arrive un tout petit peu plus bas que Julien
sous un cum assez discret. Il monte, je plonge… vers ce qui pourrait très bien
être la fin de mon vol. Je me laisse dériver vers une frontière forêt/ vallée en
déprimant. Je vais rater une belle fin de vol, je vais perdre mon record de site.
Fait chier. Parti de 1600 mètres ce n’est qu’ à 200m au-dessus de la forêt
que je touche enfin une bulle. Ça bipe sur 1/4 de tour. Toi je ne te lâcherai
pas!. Pendant un temps qui me paraît interminable je tente de rester en
équilibre sur ce mince filet d’air qui refuse de prendre de la hauteur. Je
gagne, je perds, je gagne, je perds. C’est stressant. Je suis dans le vent, qui
couche le thermique et le rend encore plus difficile à tenir. J’intègre du 0.
Finalement, au bout d’1/4 d’heure passé à une altitude globalement
constante, je fais un cercle complet dans le positif, puis un 2ième, et c’est
parti, quel soulagement !. Je repars vers le plaf. La belle fin de vol est gagnée.
Arrivé au niveau d’une nuelle dans un vario faiblard, je devine enfin Epinal, 30
km plus loin sans doute. Ca me semble inatteignable tant les thermiques sont
faibles, alors que des champs de cums couvre le nord et le sud de mon axe...
Mais je reviens de tellement loin que je ne vais plus rien lâcher avant
la fin de convection. Je finis ma journée en dessinant des dizaines de tours
sous chaque nuelle qui veut bien apparaître. Le vent, qui a cependant
nettement faiblit, fait le reste. Petit à petit j’arrive à hauteur d’Epinal. Et je
rentre dans les VOSGES. C’est un grand plaisir. Les petites collines alternent
avec des prairies toutes vertes baignées de soleil. C’est une belle campagne,
bien agencée, une campagne qui semble tondue et taillée avec soin. De loin
en loin un clocher bien restauré fait entendre un son de cloche. Il est 18
heures 30. Cela fait 6 heures que je suis parti d’Eaux-Puiseaux. La fin de vol
approche. Je passe un premier col avec une marge confortable. Puis un
deuxième. Il n’y a pas de brise, tous les arbres sont immobiles. Je me laisse
dériver sous le vent, qui a d’ailleurs quasiment disparu, et j’entame mon
plané final au-dessus d’une jolie vallée. Je pose au beau milieu de celle-ci,
dans un jardin vosgien. Au gazon bien entretenu. Il est presque 19h00. Je
suis sûr d’avoir dépassé les 200 kilomètres. Je replace mes piles dans le
garmin qui contient le point GPS d’Eaux-Puiseaux : 217 km. C’est ma plus
belle distance en France. Je suis à une dizaine de kilomètres de Saint-Dié-
des-Vosges. J’appelle Julien, il a posé vers 17h00 au 185ième kilomètre.
Daniel a fait sa plus belle distance avec 194 km.
La prochaine fois on pose en Allemagne !
La récup sera longue et la nuit, passée dans le train Nancy-Paris, fort courte.
Mais qu’importe, quand la journée a été aussi belle…
meteoTraîne d'Ouest. Vent : 15km/h au sol, 20 km/h au plaf. Rues de cumulus dés
midi, ciel chargé à 5/8ième pendant la première moitié du vol. Puis, en fin de
vol, thermiques bleus et faibles, comme la dérive.