Les récits de vol : story=523

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Titre du volBleyne-La-Mure
nomLuc ARMANT
Zone de volalpes du sud
Type de volDistance avec 2 points de contournement
Date du vol27/07/2005
distance162.60
Dep06
texteBleyne-La-Mure ; 27 juillet 2005 ; 163 km ; 8h30 de vol.

Hier, j’ai été fébrile depuis le matin en découvrant les simulations météo, lors d’une vérification de routine. Il faut dire qu’après dix jours ininterrompus de nord-ouest en altitude, c’était inespéré. Tous mes voyants étaient au vert pour une distance vers le nord à l’exception de MétéoFrance qui annonçait des orages à partir de Grenoble. Ça ne serait pas la première fois que les prévisionnistes suisses (MeteoSuiss et MeteoBlue) auraient le dessus sur nos prévisions nationales. J’étais donc confiant et avais envoyé une alerte météo aux copains dans l’espoir de voir du monde aujourd’hui.
Ce matin nous sommes sept, pas si mal pour un mercredi. Mais l’ambiance est déjà à l’intoxication collective sur les conditions : du nord, de l’orage, pas de plaf, etc. Il faut dire que Guido n’a pas envie de partir en bivouac car les jours suivants ne sont pas reluisants, que Nico a un rendez-vous le lendemain matin, que Jean-Paul doit prendre un avion le lendemain midi et que Robert a des doutes. Seul Victor et Patrick restent discrets. Moi, je suis encore gonflé à bloc et espère bien exploser mes compteurs en distance libre. Les portes de Grenoble seront grande ouvertes par le sud, ça c’est une certitude.
Dès 11h, ça tient presque en dynamique devant le déco mais la masse d’air est trop molle à mon goût. Je passe tout de suite en mode « survie » et enroule tout ce qui bouge. La vitesse, on essaiera de voir plus tard. A l’altitude des nuages, vers 2300m, l’air est presque opaque. Je navigue avec les ombres des nuages au sol en faisant cap sur les plus proches.
Premier cafouillage entre Crémon et Vauplane. Je regarde ma montre : environ six minutes de perdues. J’entends un survivant à la radio. C’est Jean-Paul, il est à une transition derrière moi. J’ai encore une chance de ne pas faire le vol tout seul.
Arrivé au pic de Chamatte, je restreins mon envie d’aller dévorer le beau nuage décalé sur la face sud-est de la Montagnone et qui ne me semble pas être sur un bon axe. Si j’essaie d’attraper tous les nuages de la montagne, je risque pas d’aller bien loin ! J’enroule quand même un petit truc, juste de quoi me garantir de rester au dessus de la crête des serres qui n’a pas l’air d’avoir encore bien choisi son coté chaud. En faisant le nuage avant Maurel, je comtemple Jean-Paul qui se refait sur l’attéro de Saint-André après s’être fait descendre sous la crête des serres. Cette fois, il est trop en retard, je fonce.
Sur Cordeil, je mets beaucoup de temps à monter et regrette de ne pas avoir tiré plein nord depuis Maurel, le nuage s’étant en fait alimenté plus à l’ouest. Environ 10 minutes de perdues.
Sur Cote Longue, je me fais cueillir en douceur par une colonne pourtant puissante. Aujourd’hui, la masse d’air est remarquablement confortable. Je ne quitte plus le plafonds jusqu’à la Chaux et fonce sur le Tromas. Confiant dans la masse d’air, je monte sans histoire. Avec ces parois vertigineuses de tous les cotés je comprends aujourd’hui qu’il faut que je m’applique à suivre le thermique où il veut aller plutôt que là où je voudrais qu’il aille.
Je me snif ensuite la blanche jusqu’à Dormillouse avec un rendement que je n’avais jamais atteint cette saison, ça fait du bien au chrono. Tout est encore possible et j’ai une pêche d’enfer. Le ciel est magnifique.
En l’absence de gros vario sur Dormillouse, je continue tout droit sur le Morgon.
Au Morgon, c’est le gros cafouillage. Je rate le premier plafonds sur la tête de la vieille. De gros nuage déclenchent au sud-ouest du lac, sur Barcelonnette et sur Chorges mais rien ici. Pourtant j’en avais remarqué un beau depuis la blanche. Serais-je en retard de 20 minutes sur mon destin ?
Finalement, après un long cirage du morgon, j’arrive lentement à remonter à 3000 mètres, alors que je pouvais espérer 3300 mètres. Je regarde ma montre : déjà une demi-heure de perdue ici, je n’en peux plus, je me jette sur la plaine de Chorges avec l’espoir incertain d’attraper les grosses masses nuageuses qui l’ombrage. Je travaille un tout petit thermique sur les berges nord du lac mais ne croyant pas à sa survie, je continue vers Chorges. Rien. Il ne me reste plus que le repli sur le mont Guillaume si la plaine est suffisamment porteuse.
Elle l’est. Je profite du moment pour me réhydrater et manger un morceau. En m’enfonçant dans les reliefs derrière Réallon, je n’arrive pas à refaire le nuage. J’hésite à prendre une rue noires qui remonte sur le pic de Chabrières. Puis, perdant patience, je me jette vers le col de l’aiguille. Ça contre et ça dégueule, je bifurque vers mon dernier plan de repli : la pointe de la diablée. Des chamoix si minuscules qu’on dirait des marmottes me donnent l’échelle impressionnante de cette grande pyramide de pierre. De là, je peux prendre suffisamment d’altitude pour enjamber l’arrête derrière l’aiguille. J’y enroule à cheval sur deux parois vertigineuses. Ne regarde pas trop en bas, va là où le thermique veut. Ça marche. Comme d’habitude, cette crête conflue et permet de regagner du terrain vers l’ouest.
Arrivé au bout, j’ai pas envie de faire le détour jusqu’au Piolit mais ne trouvant rien sur Grande Autane, il ne me reste plus qu’à tailler sur Petite Autane où une bonne partie de yoyo est à prévoir pour espérer rejoindre la combe au vent. Heureusement que la masse d’air est gentille et le verrou suffisamment arrondi pour l’utilisation prudente des deux barrots. Tout en dégueulant le long de l’épaule je me mets debout et compte les mètres gagnés ou parfois reperdus dans les rafales. Mais je progresse et ça passe sans trop de dégâts sur l’altimètre. Après dix minutes d’attente en dynamique, un bon cycle part enfin et me permet d’assurer un raccrochage confortable sur les Richards.
Le plus dur est fait mais je ne compte plus le temps perdu dans la bataille. Il est 18h bien passé, trop tard pour espérer dépasser Grenoble. J’ai fait le deuil de Pontcharra ou Alberville. Mon objectif est maintenant d’aller le plus loin possible avec ce qu'il reste de convection.
Désormais très nettement poussé par un sud-est forcissant à l’approche du venturi de Corps, je néglige de monter sur la face sud du Chaillol et me fais prendre dans la dégueulante qui me projette en très basse couche pour une partie de saute-colline dans un flux de 35-40 km/h. Au dessus d’Aspres-les corps, où j’ai pu remonter à 2200m dans le dynamique, j’hésite à prendre par le Laton et notre dame de la Salette. Ça n’est vraiment plus la peine de prendre des risques. Je me souviens des témoignages de Lolo et de Christophe (Mora) dans des conditions similaires sur ces reliefs, je préfère jouer la sécurité et transiter plus en vallée.
Avant la Mure, je croise un thermique puissant et très rugueux. Est-ce vraiment un thermique ? En tout cas, c’est pas malsain, les bouts d’ailes claquent, je tressaute dans mon siège, mais rien de plus. Si j’arrive à monter jusqu’aux petites barbules déchiquetées 1500m plus haut, je suis bon pour Grenoble. Malheureusement avec la fatigue et la vessie un peu tendue, je manque d’appui et perd le truc. Cette fois, c’est certainement le dernier lancée de fléchette sur la plaine de la Mure.
Au ras du sol, je passe une ligne, deux, des martinets attrapent les insectes au dessus des blés, cap au travers brise, un dernier champ ? oui ; non ; debout ; gradient ; posé brutal dans les blés fauchés. L’espace d’un instant, la machine continue, telle la queue sectionnée du lézard, je poursuis mon vol du regard et attrape le thermique avec les oiseaux.
Stop ! il est 19h40 faut maintenant plier et passer en mode auto-stoppeur pour rejoindre Grenoble avant la nuit.
Je marche joyeusement dans cette belle et chaude soirée d’été. Pour un premier jour de vacances, ça pourrait être pire !
meteovent de sud faible à modéré. bonne convection.