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Les récits de vol : story=682

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Titre du volEn compagnie d’un Oiseau Rare …
nomLuc ARMANT
Zone de volAlpes du Sud
Type de voltriangle plat
Date du vol20/09/2006
distance107.70
Dep04
texteCela faisait longtemps que je rêvais de découvrir un vol de cross, voir ce que ça faisait d’enrouler un thermique proprement jusqu’en haut, découvrir de nouveaux paysages, voler le plus longtemps possible…
Un jour, Luc a proposé de m’emmener en biplace et Philippe, mon conjoint, parapentiste aussi, s’est sacrifié sur une journée notée 4/4 pour garder nos 2 enfants à la maison. Je lui rapporterai au moins quelques photos de repérage, car cela fait un moment qu’il aimerait lui aussi atteindre le Saint-Graal de Dormillouse, depuis Saint-André.

Nous longeons le Pic de Chamatte, en voiture. Quelques nébulosités augurent d’une journée sympathique. Décollage du Chalvet. La surface du lac, lisse comme un miroir, se ride sous l’effet de la brise sud qui entre petit à petit : Un petit front entre la brise descendante du matin et la brise plus chaude qui passe sur le bourrelet froid se matérialise et se déplace vers nous.
Les vautours, une dizaine, nous ouvrent le ciel.
« Il paraît que lorsqu’ils tournent…C’est qu’il y a une carcasse dessous. »
« Mais non, pas fous les zoiseaux : ils savent qu’il y aura peut-être à manger si l’un de nous se rate ;-) au déco ? »
Ou tout simplement, ils s’amusent dans le thermique, yes !
Choix du décollage en sud est. Quelques bouffes de temps en temps. Faudra-t-il changer de déco, si la brise passe Ouest, comme cela arrive parfois ? Vers 12h20, nous décollons. Il y a quelques thermiques, pas très installés. Nous faisons des 8, et enroulons plutôt serré. Je me dis que si j’avais été aux commandes, ce serait déjà « Game Over » pour moi.

Devant le décollage, nous enroulons le même thermique avec Romuald, dans un ballet très esthétique. Jean-Paul, est au plafond avant nous et s’avance sur la crête. Nous attendons Alain et Robert ; cela ne déclenche pas énormément et ils patientent en attendant de s’extraire.
Nous longeons la crête vers Lambruisse. La vue est déjà fabuleuse, avec une jolie petite rue de nuages.

Dans le thermique avec Alain, Luc soigne son plafond et réfléchit sur l’entrée qu’il va prendre :
Cheval-Blanc, Côte longue ou Chamatte ? Les nombreuses ailes présentes ce jour là en cross nous aident à mieux choisir : Côte Longue !

Luc m’explique qu’il optimise au mieux la montée car il tient un bon thermique et veut arriver au plus haut sur la crête de Côte Longue. Je réalise que cela n’est pas facile de transiter ici, car beaucoup de parapentistes arrivent très bas. Alain a recours à la technique du gratte-cailloux… Nous longeons la crête de Côte longue, sous les barbules.

Je m’étonne du caractère très minéral du paysage, quand voici la Montagne de Boules, « fidèle à elle-même ». Luc réfléchit tout haut sur la façon de l’aborder, car les brises ne sont pas évidentes à distinguer. Un pauvre parapentiste arrivé par derrière et qui fait comme il peut, nous « gâche le thermique », et subit une frontale. Cela bouge un peu, c’est vrai. Si j’avais été aux commandes, j’aurais paniqué, là toute seule, avec mon mental tourikiki de mère de famille. Enfin…en réalité, je n’aurais même pas eu le temps d’avoir des inquiétudes, car je serais posée depuis belle lurette ;-).
Durant tout le vol, j’ai confiance absolue en Luc, et j’essaye de m’appliquer pour bien répartir mon poids dans la sellette.
Transition vers la montagne de La Chau. Puis Tromas.

A chaque fois, nous nous appliquons à transiter en partant du plus haut possible pour raccrocher la crête suivante au plus haut…Et ça nous réussit ! C’est d’autant plus technique, que le plafond n’est pas haut, une tendance qui se confirmera par la suite. Je me dis que Luc doit avoir des yeux bioniques pour pressentir à ce point et noyauter le thermique avec perfection. A chaque fois que nous rencontrons une ascendance, il fait un premier tour, repères pris au sol, puis noyaute efficacement.

Nous cheminons le long des falaises, au ras du nuage. (Parfois un petit coup d’oreilles est nécessaire) ; et alternons avec un ou deux thermiques, et le survol d’un groupe de chamois.
Excitation lorsque j’annonce à Luc la présence d’oiseaux, ce qui l’incite à les rejoindre, avec succès comme toujours.

Une immense joie m’envahit : à présent, je reconnais le paysage ! Notre Graal est en vue :
A l’Ouest, les prés verts accueillants, la plaine de Seyne et la Station du Puy, ensuite le domaine de ski de St Jean Montclar. Devant, au Nord, Bernardez et le sommet de Dormillouse ! Bientôt le Lac de Serre-Ponçon et Saint Vincent les Forts ! Pur instant de bonheur.

Deux voiles sont devant nous et deux planeurs nous dépassent. Il est environ 15h, je suis surprise au moment où nous faisons demi tour, car je pensais que nous allions un peu zouzouner au-dessus de Saint-Vincent. Luc me répond qu’en cross, l’on ne traîne jamais une fois l’objectif atteint pour augmenter ses chances de rentrer.

Sur le retour, Luc m’indique un décor de Western, la Séolane. C’est fou, j’ai les yeux partout et pourtant je ne l’avais pas vue à l’aller ! Nous passons près du Col de Pierre, le plafond nuageux baisse de plus en plus. Et au ras du nuage, nous voyons arriver Romuald !

Luc hésite à passer par un col, vers la Tête de l’Estrop, mais le plafond est décidément trop bas. Nous cheminons paisiblement au ras des falaises, juste sous le nuage. C’est grandiose. Je distingue quelques moutons, et de petites bergeries, éparses.

Nous enroulons un thermique plutôt mou, qui nous remonte à cheval sur la Crête de Cadun ! J’ai une pensée compatissante pour 2 ou 3 parapentistes en train de se battre, attirés inexorablement vers un trou verdoyant (la Bléone) et réalisant que le retour en voiture sera épineux…

Nous patientons dans du tout petit, et Luc me dit qu’à présent, il est confiant, on a atteint un plafond suffisant pour rentrer.

La suite nous montrera qu’en cette journée de septembre, rien n’était encore gagné. Je scrute les environs en espérant trouver un oiseau qui nous indiquerait un nuage plus efficace. Luc me montre les barbules qui se forment rapidement sous un nuage, assurance d’une ascendance correcte. Nous abordons le verrou de la Tête des Piches, le biplace bouge un peu, mais nettement moins que ce à quoi je m’attendais. Une fois de plus, je réalise le caractère technique de notre vol.
Sur la crête de La Chau, nous montons vraiment dans les barbules, car il faut assurer la transition vers le prochain verrou du Col de la Baisse, sur la montagne du Carton. Nous évitions jusqu'à présent de toucher les nuages. Nous n’y resterons pas longtemps car Luc n’a pas apporté de boussole, et n’a que son GPS en mode compas, dont les piles peuvent s’affaiblir rapidement vu la température fraîche. Nous sommes vraiment seuls à présent. C’est une sensation curieuse de perdre ses repères, de ne pas savoir si l’on tourne. Cela me rappelle un peu les « jours blancs » en ski de fond.
« Là, tout n’est qu’Ordre et Beauté, Calme, Luxe et Volupté »…
La musique de ces vers de Charles Baudelaire caresse mon esprit.

Transition, puis nous abordons un col, j’écarte la tête et Luc me répond qu’il a bien remarqué que nous le frôlions de près ce col ! Nous débouchons en plein milieu du ravin de la Mastre et restons au milieu, car la brise est descendante et les versants tous froids. Fichtre, toujours pas de soleil !

Suspense, nous sommes vraiment bien bas à présent, les cimes des pins me chatouillent les doigts de pied ! Luc commence à penser à atterrir dans la pente. Il a repéré tout près une butte pelée, à peine plus verte que les cailloux ambiants, qui pourrait constituer une aire de bivouac potentielle.
Pourquoi pas, demain je n’ai pas d’impératif professionnel, excepté après 14h, et Philou pourrait mettre exceptionnellement les enfants à la crèche et la maternelle 1h plus tôt le matin. Redécoller le lendemain serait donc possible, excepté que dans ce coin, le portable ne doit pas passer pour prévenir nos conjoints.
Suit un interminable moment de concentration, 25 minutes en réalité ; Luc est patient, « tant qu’on zérote, il y a de l’espoir », et, centimètre par centimètre, nous regagnons petit à petit la crête de Côte Longue. Sauvés ! La Force est avec toi, Luc SKYWALKER ! Satisfaction énorme et partagée, qui nous regonfle pour toute la suite du vol. Je n’ai plus faim, ni soif, ni froid, et souhaite que ce vol soit infini.

Nous avançons un peu au Sud, les « vaches » sont bien plus accueillantes à présent. Mais le ciel est toujours désespérément bleu au-dessus de nos têtes, tandis qu’un nuage en face, au pied de Cheval Blanc, nous plonge toujours à l’ombre. Alors nous rebroussons chemin vers les pentes sud-est du Cheval Blanc où nous parvenons à exploiter une grosse ascendance. Je conserverai un souvenir très blanc de Cheval Blanc, même plus blanc que blanc ;-)

Nous débouchons sur Tartonne, et d’ailleurs on s’y fait « tarter ». Enfin une ascendance digne de ce nom aujourd’hui ! Un délice à la crème ! Apothéose lorsque je vois des rapaces catapultés sous le nuage au-dessus de la Reynière. Un bon dessert qui nous propulsera à 2800m.

Une voile jaune solitaire ? Mais c’est Robert ! Robert, tu es un chef, tu es revenu, YAOUH. (Nous apprendrons que Robert, en réalité, s’est posé dans le massif de Cheval Blanc, est remonté au sommet pour redécoller dans un terrain pentu herbeux et caillouteux, au prix d’une suée mémorable). Chapeau bas, l’artiste !

Ça y est, c’est gagné, nous planons vers le déco Sud du Chalvet, puis, pour faire durer le plaisir, nous nous dirigeons vers la Crête des Serres. Qui sait, avec un peu de restitution, un petit soaring paisible conclura peut-être cette journée ?
Mais il est déjà 18h passées, et cette crête est à l’ombre d’un nuage depuis bien longtemps. Nous dépassons notre point de départ, le déco Sud.
La Crête des Serres est fatiguée ce soir et c’est pour nous le temps de penser à atterrir.
Quelques mouvements pour se dégourdir les jambes, et voilà, c’est le contact avec la terre ferme.
Lorsque Luc me dit que l’on a volé près de 6 heures, je suis ébahie : le temps avait bel et bien suspendu son vol aujourd’hui. Ce 20 septembre 2006 compte parmi l’un des plus beaux jours de ma vie.

Merci Luc
Merci Philou

Epilogue : Quelques coups de téléphone, et la récupération des copains est organisée : Romuald, posé à Thorame nous rejoint en stop. Jean-Paul, posé tout près à la Mure est repêché par Robert. Luc et Jean-Paul iront chercher Alain à Digne.


meteomarée barométrique. vent nul. thermiques doux.