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Les récits de vol : story=811

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Titre du volUn Samedi 4/4
nomBruno DIJOLS
Zone de volSaint André les Alpes
Type de voltriangle plat
Date du vol18/08/2007
distance107.60
Dep04
texteA Olivier et Luc, qui m'ont toujours poussé à tirer le maximum du moteur de mes rêves aériens.

Jeudi dernier, je rentre de vacances en avance et, dans ma séance imposée de glande au bureau le Vendredi, je constate que le Samedi 18 Août de l'an de grâce 2007 est annoncé 4/4 selon l'échelle météo mise en place par Luc depuis l'an dernier. J'ai renoncé à l'analyse météo en cette année où j'ai peu de temps pour voler et je me contente de cette note pour en parler à Anya. Elle est déjà au courant et me donne automatiquement la bénédiction qui va avec le 4/4. La concentration dans le vol commence par la certitude qu'il est parfaitement accepté par l'ensemble de la famille et je loue le Seigneur de l'avoir inscrite sur la mailing liste du club, ce qui m'évite d'être celui qui annonce la "bonne" nouvelle.

Vendredi soir, je suis le complice d'un vol nocturne en compagnie du Maître des airs où se mêlent la quiétude et la science. C'est en pleine nuit, sur l'atterrissage, que le covoiturage du lendemain s'organise avec Eric et Hélène.

Voilà, c'est Samedi matin et la pression d'une bonne journée me tire encore une fois bien tôt de mon sommeil : je ne vole pas souvent, les bonnes journées sont rares et j'ai fait, dans ma vie, plus de ploufs qu'on pourrait en pointer d'une baguette (ma femme appréciera), il faut réussir sous pression. Tout s'enchaine rapidement jusqu'au décollage Sud de Saint-André où plus de dix pilotes intéressés par le cross se retrouvent sur la même fréquence. A la baguette, le désormais célèbre Luc Armant, qui consacre cette journée à tous ceux qui l'aime et veulent le suivre. En biplace, il va guider en cross les pilotes qui pensent qu'il vaut mieux monter au Mont Blanc idiot avec un guide que bronzer idiot sur la plage avec un coup de soleil. L'expérience a montré qu'il n'est pas toujours facile de suivre, même si Luc est plutôt patient et plein de bons conseils. Certains sont déjà des solistes confirmés qui partirons avant le train, comme Eddie et Olivier, mais tous sont là pour la même chose : aller à Dormillouse en vol. Luc m'indique que le vent est SSO à 3000m, tant mieux, je serais content d'aller enfin au nord à partir de Saint-André, et tant pis si je ne reviens pas : nous sommes assez nombreux pour faire la récup.

Je ne ferai pas le récit du parcours, tant de fois déroulé dans la littérature du genre, je me contenterai de dire que je ne sais pas où l'on est passé, et mon GPS non plus puisque fort d'un meilleur vol de moins de 4 heures, je ne m'étais pas rendu compte qu'il ne pouvait enregistrer que 5h30 de vol. Tout ce dont je me souviens, c'est que lorsque j'étais seul, je suis parti un peu au hasard des antennes vers "- le nuage de Lambruisse" comme le conseillait Luc, nuage que je voyais bien à l'est de Lambruisse depuis les antennes. Puis j'ai aussi été inquiet lorsque je suis arrivé au sud du Cheval Blanc car Pascal semblait avoir du mal à s'y maintenir et qu'Olivier, après le petit coude plus au nord sur la face Ouest me semblait en difficulté, ce qui ne présage généralement rien de bon. Mais cette année est celle de la patience : depuis que j'ai moins d'occasions de vol, je refuse de me poser facilement et j'applique enfin les conseils de persévérance et d'attente dans les zones de zéro comme celle où l'on était avec Pascal (qui doit avoir le complément de ma trace GPS si j'ai bien compris ses problèmes de piles). Cela dit, j'enfrains ecore une règle en partant sur Carton avant le plafond, sans conséquences vue la vitesse/sol permise par le vent arrière. Maintenant en visuel, Luc ne me permettra plus ce genre d'erreur : nuage à chaque fois, pas d'exception. Dès ce moment, une bonne partie de l'escadrille initiale est au tapis, je sais ce que c'est que de voir la journée s'améliorer et les copains s'éloigner pendant qu'on plie sa voile, j'ai une pensée pour eux mais mon vol leur montrera qu'il ne faut jamais perdre espoir si l'on a l'envie profonde de réussir : comme le jeu d'échecs le parapente offre, suivant le cas, l'immense frustration ou l'immense bonheur d'avoir raté ou réussi avec les mêmes armes que les autres.
Une fois à Dormillouse, nous croisons Olivier, parti en éclaireur. Après notre premier vol ensemble à la Colmiane, alors que cela tenait plus de la prophétie que d'une probabilité, il m'avait laisser entendre qu'il était prêt à m'aider à progresser et que la récompense serait de faire un vol de 100km ensemble. Depuis, j'ai toujours cette pensée lorsque nous nous retrouvons sur un décollage. Sans hésiter, Olivier fait demi-tour pour m'accompagner jusqu'au fort et faire le retour avec notre petit groupe de rescapé : Pascal, Luc et Philippe, le passager de Luc et finalement le seul d'entre nous qui soit sûr de faire aussi bien que le guide !

Malgré le vent de face, le retour se passe sans encombre jusqu'au col de Vachière, Luc flairant les moments où il faut rassurer et motiver les troupes : lorsque la route de goudron s’écarte de celle de la montagne et donc l'espoir de rentrer facilement en voiture, lorsque les nuages donnent peu de marge pour passer au-dessus du relief (c'est là que l'analyse de la journée qui indique l'absence de développement orageux est cruciale pour garder son calme et donc économiser son énergie). En fait, le groupe de 4 aide énormément pour trouver les ascendances, surtout quand 2 des pilotes sont passés là plus d'une douzaine de fois. Le passage vers Chamatte et la vallée de Thorame sonnent l'heure d'un petit coup de pessimisme : la plupart des pilotes ont du mal à franchir le Cordeil pour rentrer, la composante de face du vent se fait un peu plus sentir et je me suis déjà vaché, dans l'autre sens, à Valette, le village situé au sud de Vachière. Heureusement, alors que je peine à ne pas couler sous la crête de Chamatte Olivier trouve la sortie vers le nuage et me donne le bon conseil en radio : "au vent du coude, pas au nord". Le seul besoin de ce conseil me fait comprendre que les 5h30 de vol déjà accumulés m'ont fait perdre un peu de capacités d'analyse mais on fini par transiter vers le Sud après avoir fait le nuage. Pascal, resté un peu coincé avant le col de Vachière sort enfin et nous rejoint, tous les espoirs de bouclage à 4 sont encore permis ! Malheureusement, cette transition vers Cordeil n'est pas facile et Olivier va au tapis, gardant jusqu'au bout ses propres options, cette fois à ses dépends. Les 3 restants se retrouvent au NE du Cordeil, je n'aurait pas cru que l'on pouvait s'y réfugier aussi sûrement à voir la façon dont on était écrasé coté NO et N, vraiment à retenir, si possible à comprendre pour pouvoir l'ap pliquer ailleurs (je laisse au lecteur le soin de lire les écrits de Luc plutôt que de paraphraser). Patience, patience, la confluence est là bien installée, on y retournera autant de fois que nécessaire, elle nous permet d'atteindre 2300m, juste assez pour passer le Cordeil si on s'y prend bien avec la brise SSO qui devient gênante lorsqu'on s'approche du grand Cordeil. Seul en haut de la confluence lors de la première tentative, le Puy de Rent, bien éclairé à la différence de la route directe et, j'espère, avec une dégueulante moins marquée qu'au Cordeil pour y aller, me semble un option réaliste. Effectivement, cela permet de rester un peu plus longtemps vers le sud dans la confluence et de limiter la descendance mais pas assez pour cette longue transition : retour au NE du Cordeil. Pendant ce temps, il me semble que le biplace et Pascal sont déjà passés au sud, mais jen'ai pas pu voir comment. Revenu vers 2300m, je tente une confrontation accéléré vers le Cordeil car j'ai une bonne marge sur le sommet. Cependant, j'ai une trajectoire oblique vers l'ouest de peur de me poser dans l'accélération au sommet et je suis l'épaule vers l'ouest, tout en la voyant monter. Un petit col apparait entre les Cordeil et j'aimerais m'y glisser pour passer vers le sud mais c'est à ce moment que la dégueulante devient plus forte, il faut accélérer et s'éloigner du relief quand je tombe sur un pétard trop puissant et étroit pour que je le maitrise à cet instant du vol. Je tente quand même de le tourner, au moins pour éviter la fermeture en sortie, je me fais balancer après un quart de tour, la voile ferme côté opposé, abat... Olivier m'encourage du sol : "- accroche toi, tu vas passer !". Il a probablement raison mais près du sol et sous l'alimentation intermitente par le col, ce thermique est un peu désagréable. J'y retourne cependant, juste assez pour gagner les quelques mètres qui me permettrons de me faufiler dans le col où Luc est passé peu avant. A partir de là tout se passe en régime de brises et le dynamique me permet de remonter au sommet du grand Cordeil puis de faire de même au Puy de Rent et finalement sur Maurel pour un bouclage dans les règles de l'art. Encore une erreur d'appréciation et, bien que resté en l'air suffisamment pour que la brise tourne à l'ouest pour alimenter la crête des Serres après mon premier essai infructueux, j'oublie d'essayer à nouveau et je vais profiter de mon statut temporaire de héros du jour, bouclant un vol d'environ 100km en 7 heures, soit deux fois plus que mes records précédents.

Patience et longueur de temps font plus que force et que rage,

BrunoD
meteoSSO 5kt à 3000m
5/8 à 7/8 sans surdéveloppements