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Les récits de vol : story=88

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Titre du volplein les mirettes
nomPierre-yves SCHOEPP
Zone de volBelledonne
Type de volDistance libre
Date du vol22/07/2001
distance34.00
Dep38
texteDonc avec les copains, nous prenons le téléphérique...
ambiance des grands jours, il y a foule dans le
téléphérique. Rendu en haut, ambiance lunaire. Le déco
(2300 ? je ne me souviens plus exactement) est au dessus de
la couche d'inversion (1600); la visibilité est
exceptionnelle. L'alpes d'huez est à portée d'aile, le
Vercors à portée de pierre... le ciel est bleu...


Le conseil est pris, il ne faut pas chercher à gratter en
local mais quitter tout de suite Chamrousse pour le Colomb.
2 ailes (mes conseilleurs) ont déjà décollé, je leur
emboîte le pas.
Donc feu, je décolle et file vers le Colomb. Ce faisant, je
longe des crêtes rocailleuses et sauvages (le grand
sorbier ?). C'est beau. Un instant je croise une bulle,
j'essaie d'enrouler... elle est trop étroite, je continue
donc mon chemin pour me jeter sur le Colomb. Au passage, le
lac robert montre un petit bout de sa couleur qui tranche
entre les deux bords escarpés d’une combe rocailleuse.

Vu de loin, le Colomb n'est pas vraiment accueillant : il
est (très) raide, sa base est franchement boisée et les
vaches sont vraiment loin en plaine. Mais en ce début de
vol, je suis tellement bien dans ma tête que (contrairement
à mon habitude), je ne cherche absolument pas les
vaches "pour au cas où"... Je raccroche le Colomb. Les 2
ailes que je suis ont et accroché et pris du gain voire ils
commencent à filer du Colomb. Moi je suis sur une petite
barre rocheuse où je zérote mais ne monte pas. Au bout d'un
moment, je me décide à m'écarter du relief (10-20m) et là,
ça monte. Quelques petits tours, je suis monté d'un étage.
J'avance vers la suite du Colomb où je raccroche une 2e
barre rocheuse et là aussi ça monte gentiment. J'écoute la
radio si quelqu'un m'appelle, non, ce sont les moutons en
bas ! les deux ailes sont sur le sommet du Colomb et le
quitte pour la transition suivante. Moi, je fonce vers la
dernière arrête du Colomb pour voir où ils vont… Ils ont
trop d’avance pour que je reste avec eux mais au moins je
compte voir où ils raccrochent. Je les perds de vue quand
ils passent derrière une ligne de crête intermédiaire. Je
travaille un peu cette crête tout en revenant régulièrement
sur mes pas voir où en sont Marc et Prez. Crévindiou, je
suis trop lent mais alors, eux, qu’est-ce qu’ils
lambinent ;-§ Un moment je passe au niveau du sommet
arrondi du Colomb mais tout de suite après je redescends
dans les profondeurs de ma ligne de crête. Tout au fond,
sur les 7 laux, une nuée de delta balisent un thermique.

Bon, je commence à me lasser de cette barre rocheuse.
Surtout que le thermique est assez étroit, il est parfois
un peu violant : a un moment, je fais une jolie asymétrique
en cours de virage et je me retrouve face au relief. Je
décide de quitter mes copains-qu’avancent-pas. Je rejoins
le haut de la barre rocheuse et vais pour entamer la
transition. En fait, le Colomb se prolonge par un autre
cirque. Je le longe et ça monte du tonnerre de feu de dieu.
Je survole le sommet (plateau) où les randonneurs font une
halte.

J’entame la transition. En fond de combe, un petit lac
d'altitude étincelle de toutes ses couleurs bleu intense,
vert profond. C’est magnifique, j'en ai encore plein les
mirettes. Je dégaine mon appareil photo et prends un
cliché. Je remarque alors des petits points blancs tout
autour du lac : des touristes qui essayent de recréer
l’ambiance “cote d’azur” Qu’est-ce que je suis bien là
haut !
J’accroche une ligne de crête et je recommence le même
cirque que tout à l’heure : je suis obligé d’envoyer des
virages assez violents pour rester dans la zone ascendante
qui est étroite. Les turbulences périphériques sont
relativement puissantes et chaque fois que je côtoie la
sortie de la zone thermique cela me fait perdre autant que
j’ai gagné auparavant. A un moment, une bulle un peu plus
puissante passe. Je mets ma brave Bonanza sur la tranche et
gagne suffisamment de gaz pour aller jusqu’à la fin du
relief. D’autres lacs tout aussi beaux sont dans les
vallées juste après. Vraiment très joli ce coin… si le vol
n’était pas si chouette, ça donnerait envie de se poser
voire marcher pour aller y faire un tour. J’ai perdu de vue
les deux parapentes après lesquels je courais, mais la
compet delta me balise un thermique à portée de finesse.
Feu ! Je n’assure même pas de plein avant de partir. Je me
cale au fond de la sellette, j’utilise mon 1er barreau pour
optimiser ma finesse selon les taux de chute et j’attaque
une longue transition. Je suis monstre serein. Ça se passe
super bien, je profite du paysage. Pendant la transition,
je croise la compet delta. Impression surréaliste de voir
un essaim de mouettes foncer droit dessus, de passer au
travers de ces volatiles sans perturber leur vol, leur
glisse devrais-je dire. Un petit parapente fait la route
avec eux… le gars doit assurer comme une bête, mais ça ne
reste pas le même vol.
Je rejoins le thermique que quelques attardés me balisent
encore. Je n’ai même pas cherché à exploiter la montagne
que j’ai longée : je suis sûr de mon coup et ça ne vaut pas
la peine de perdre du temps en cours de route. Je rejoins
donc une zone qui doit être ascendante, au milieu de nulle
part à la verticale d’un petit éperon herbeux. Ils font de
larges cercles, bien disciplinés, ils respectent les règles
de priorité et enroulent tous dans le même sens (y a des
leçon à prendre pour nombre de parapentiste de ce coté là).
Bref, c’est véritablement un régal que de se joindre à eux…
sauf que mon taux de montée est quand même moins bon. Je
décide de tenter le noyau. Ça marche ! Je me mets à les
enrhumer … quoi que… ils m’ont vu faire et du coup, ils me
rejoignent au noyau. Même s’ils n’enroulent pas tout à fait
aussi serré, ils montent plus vite. Je me rends compte que,
pour certains, je les fais ovaliser leurs thermiques vu que
je leur fais souvent l’intérieur au cours de mon cercle. Je
choisis de ne pas changer de méthode pour ne pas les
surprendre. Je profite de cette jolie zone d’ascendance
pour faire un véritable plaf à 2500.Ensuite, j’enquille ma
transition suivante.
Je me fais déjà rattraper par les plus rapides d’entre eux
qui sont déjà sur le retours ! Impression féerique de
glisse. J’enfonce mon 2e barreau pour rester un peu au
contact. C’est vrai que ça plane bien leurs machins ! (Mais
je suis bien sous ma Bonanza). Ils me balisent le thermique
suivant. Re-feu. J’essaie de les prendre en photo, mais le
groupe s’est dispersé.
De grande transition en gros thermique, j’avance jusqu’au 7
laux. La station me déçoit : après tous ces beaux lacs,
elle est aride. Les thermiques y sont (relativement)
absents. Je vois les deltas enrouler comme des fous à la
connexion entre Pipay et le Pleynet. Je suis trop bas sur
Prapoutel pour les rejoindre. Une aile bleue me rejoint. Je
crois que c’est Marc ; appel radio, incompréhension, le
Prez me croit posé. Non ce n’est pas Marc : l’aile est trop
fine, trop allongée. C’est le gras qui suivait la compet
delta avec son parapente. Les deltas, eux, s’extraient de
cette zone où je patauge. Finalement, nous n’exploitons pas
la même masse d’air :-( leur finesse leur permet de quitter
la zone faiblement ascendante où je me suis englué pour
rejoindre le relief un peu plus au fond où ils enroulent
une autre zone faiblement ascendante pour ensuite rejoindre
leurs copains dans le gros thermique balisé.
A force de travail lent et patient, j’arrive à gratter
quelques mètres puis à transiter avec succès (après
quelques échecs) sur le relief. Je n’assure pas assez le
gain sur ce relief et pars vers le gros thermique dont les
deltas sont maintenant partis. Je n’ai pas assuré et je me
retrouve à finir ma transition en soaring le long d’une
butte herbeuse douce. Je suis obligé de faire le tour de
piquets qui balisent un circuit VTT ! je regarde mon
vario : je suis à 2080, encore en descente. Gaffe, la
couche de stabilité monte jusqu’à 1600, si je descends
trop, je suis cuit. Finalement, ça reprend pas trop mal et
je rejoins le sommet de cette butte. C’est un décollage
avec une manche à air qui me balise le vent. Je me laisse
dériver par ce vent pour rejoindre la base du thermique
qu’exploitaient les deltas il y a encore peu de temps. Il y
a visiblement deux sacs en attente sur le déco et moi je
monte …. Je fait un plaf à 2500 après avoir fait _le_ point
bas du parcours (en fin, du moins c’est ce que je crois à
ce moment). Là il y a deux options : une jolie petite
chaîne boisée qui descend en pente douce jusque le lac
d’Allevard ou bien prendre par derrière la Belledonne et
ses sommets (2900…). Le gars à Chamrousse m’a conseillé de
passer par derrière. Mais la vallée, à fond de France,
n’est vraiment pas accueillante. Les montagnes assurent une
continuité du vol mais si on rate, il doit falloir une
semaine pour rejoindre la civilisation ! j’opte pour la 1e
solution. C’est celle qu’on suivit les deltas. Je m’enfonce
vers le grand rocher. Le vario dégringole. J’enfonce mon
barreau pour m’échapper. Je me retrouve au grand rocher au
niveau de la ligne de crête (10 mètre au dessus). La pente
est douce face au nord-ouest d’où vient le vent, le sommet
est caillouteux où le thermique doit exister. Je zérote
puis trouve le thermique. Il me monte de 50 mètres et me
fait assez fortement dériver sous le vent de la crête. A la
radio Jean nous demande où nous sommes. Tient, il y a donc
des êtres vivant sur la fréquence. Je réponds. Marc
m’entend et me donne des nouvelles : il arrive aux 7 laux.
Mais du coup, j’ai perdu le thermique. Je zone et ne le
retrouve pas. Je suis tellement bas que j’estime ne plus
pouvoir franchir le rideau d’arbre en bas de l’alpage que
je survole ! il ne me reste plus qu’à longer cet alpage en
soaring pour limiter les pertes…. Je croise un thermique.
Et hop, un petit coup de tranche de Bonanza et me voilà à
une altitude plus raisonnable ;-) je continue ce thermique
salvateur que je ne lâche pas. Il me monte à 2600.

Je vois quelques deltas qui ont pris l’option de la
Beldonne. Ils sont au fin fond de la vallée… ils vont se
vacher, c’est sûr. Les autres deltas ont rejoint Allevard.
Ils sont bas, au niveau de Malatrait. Deux parapentes sont
aux Plagnes.
Je commence la transition. Calé au fond de ma sellette, je
vois défiler les arbres. Je ne descend pas bien vite, mais
ça descend de façon irrémédiable. Au cours de la
transition, je m’aperçois que j’ai un maillon
d’accélérateur complètement ouvert. Bien vu l’aveugle ! et
ta prévol ? de toute façon, je n’ai que ça à foutre dans
cette longue transition, je revisse donc ce maillon.
J’observe, je vois une aile se poser à la digue. Malatrait
ne semble pas donner grand chose mais les deltas ont réussi
à s’en extraire. Moi, je sens que mon vol va se terminer la
bas. Ce n’est pas sûr du tout que je raccroche. Je lance un
message radio à Marc lui faisant part de mes quiétudes. Je
suis à une cinquante de mètres de distance des antennes
quand je vois une aile (très fine, c’est vrai), 50m au
dessu de moi et un peu plus loin trouver _le_ thermique. Il
l’enroule sur la tranche et monte. Je me dirige dans cette
zone mais je franchis une zone de turbulence où je perds
trop d’altitude. Je n’arrive pas à trouver le thermique
salvateur. Je rejoindrais en finesse l’atterro de secours
au milieu d’Allevard. 2 virages et je suis posé. Marc
retourne se poser à la digue.

Ce vol ne représente pas des centaines de kilomètres. Mais
vraiment, il est à faire ne serait-ce que pour le départ de
Chamrousse et ses lacs. D’autre part, merci messieurs les
deltistes ! Votre vol est vraiment grâcieux. J’ai adoré
partager votre glisse quelques instants. Et, en plus, de
glisser bien, vous glissez "propre" en respectant les
autres, bravo et merci.
meteoN faible (10 km/h)
stable jusqu'à 1600m